En 2023, Coca-Cola a été classée pour la cinquième année consécutive parmi les principaux pollueurs plastiques mondiaux, malgré des engagements répétés en matière de développement durable. Certaines initiatives internes, saluées lors d’événements internationaux, coexistent avec des campagnes de boycott et des enquêtes sur la transparence des rapports environnementaux.
Les agences de notation extra-financière relèvent une amélioration de la performance ESG du groupe, tandis que des ONG dénoncent des écarts persistants entre communication et réalité. Cette discordance influence la perception publique et soulève des questions sur la portée réelle des démarches de responsabilité sociétale dans les grandes multinationales.
La RSE chez Coca-Cola : enjeux et engagements affichés
La démarche RSE Coca-Cola s’articule autour de six grands axes, dont trois sont considérés comme prioritaires : boissons responsables, emballages et engagement sociétal. Piloté par The Coca-Cola Company et Coca-Cola European Partners, le groupe veut transformer en profondeur ses pratiques. Les ambitions sont vastes : garantir d’ici 2025 que 100 % des emballages soient recyclables, intégrer 50 % de plastique recyclé (rPET) dans ses bouteilles, assurer la collecte de chaque emballage mis sur le marché.
Pour concrétiser cette volonté, la société s’appuie sur des responsables engagés, comme Arnaud Rolland. Les chiffres et les efforts sont désormais rendus publics : Coca-Cola European Partners communique chaque année sur les tonnages commercialisés et détaille ses mesures en faveur du développement durable. L’économie circulaire prend une place grandissante, notamment via l’usage renforcé de plastique marin recyclé.
Parmi les actions mises en place, voici quelques initiatives phares qui structurent la politique RSE de Coca-Cola :
- Organisation de la Semaine de la RSE, pour mieux sensibiliser collaborateurs et partenaires aux enjeux sociaux et environnementaux.
- Soutien à des programmes d’insertion tels que Passeport pour l’emploi et Nos Quartiers ont des Talents (NQT), favorisant l’accès à l’emploi pour les jeunes et les publics éloignés du marché du travail.
- Lancement du Challenge Start-Up destiné à encourager l’innovation responsable au sein de l’écosystème entrepreneurial.
Cette stratégie s’accompagne d’une recherche continue de certifications et d’évaluations réalisées par des organismes tiers. Sous la houlette de James Quincey, The Coca-Cola Company assume la volonté de mettre le secteur des boissons sur la voie d’une durabilité accrue et de pratiques plus éthiques.
Quels impacts sur la réputation de la marque ?
La réputation de Coca-Cola se joue désormais sur le terrain des engagements publics, mais aussi de leurs limites. Le groupe, habitué à une exposition médiatique permanente, doit composer avec la pression constante des ONG et d’un public de plus en plus vigilant. L’enquête de Cash Investigation en est un exemple : accusée de contribuer massivement à la pollution plastique et critiquée pour sa gestion de crise, la marque a été poussée à une transparence inédite, sans réussir à dissiper tous les doutes.
Face à Élise Lucet, Michael Goltzman a tenté de défendre la position de Coca-Cola. Ce moment a cristallisé l’exigence de clarté : chaque engagement est scruté, chaque manquement amplifié. L’accusation d’écoblanchiment n’a pas tardé à surgir. Plusieurs signalements pour pratiques commerciales trompeuses ont été transmis aux autorités françaises et européennes. Le débat public s’est emparé du terme « greenwashing », alimenté par la différence perçue entre le discours de la marque et sa réalité sur le terrain.
La confiance des parties prenantes, consommateurs, investisseurs, institutions, dépend désormais de preuves tangibles, pas de simples promesses. L’image d’entreprise engagée reste fragile : elle se construit et se déconstruit au rythme des controverses, portée ou plombée par la cohérence entre paroles et actes.
Entre initiatives concrètes et accusations de greenwashing
Coca-Cola, figure de proue des multinationales sur le front de la responsabilité sociétale, avance sur une ligne de crête. D’un côté, la firme met en avant des progrès mesurables : réduction de 3 000 tonnes de plastique vierge, lancement de bouteilles contenant 25 % de plastique marin recyclé, déploiement de systèmes de collecte et de recyclage en partenariat avec des acteurs majeurs, comme la mairie de Paris, Danone ou Nestlé. À Paris, 3 000 points de collecte d’emballages ont vu le jour grâce à cette coopération public-privé, peu courante à cette échelle.
Voici comment Coca-Cola European Partners décline ses objectifs :
- Assurer que tous les emballages soient recyclables d’ici 2025
- Porter la part de plastique recyclé à 50 % dans ses emballages
- Collecter l’intégralité des emballages commercialisés
La participation à l’initiative The New Plastics Economy et la publication régulière de données sur les quantités mises sur le marché montrent une volonté d’ouverture.
Malgré ces actions, les critiques persistent. Break Free From Plastic place Coca-Cola en tête des pollueurs plastiques mondiaux depuis quatre ans. Plus de 20 000 déchets estampillés de la marque ont été recensés dans 39 pays. Les accusations d’écoblanchiment se renforcent, notamment sous l’impulsion d’associations comme France Nature Environnement, qui a signalé un possible non-respect des engagements environnementaux aux Jeux Olympiques 2024.
La marque fait face à une pression réglementaire croissante : directive (UE) 2024/825, article L. 121-2 du code de la consommation… Les attentes des parties prenantes montent en flèche. Mais la dépendance au plastique à usage unique reste un point de friction majeur, exposant la stratégie RSE à un examen constant.
Résultats économiques : la responsabilité sociétale, un levier ou un risque pour Coca-Cola ?
Le plastique, désormais surnommé le nouveau charbon en raison de son impact sur les émissions de gaz à effet de serre, pèse lourd dans la balance de Coca-Cola. Selon Bennington College, le secteur plastique américain pourrait générer jusqu’à 232 millions de tonnes de CO2 annuellement d’ici 2030. Face à cela, Coca-Cola European Partners annonce avoir économisé 3 000 tonnes de plastique vierge : un progrès réel, mais modeste à l’échelle du géant mondial.
La responsabilité sociétale agit ici à double tranchant. L’innovation sur les emballages, la publication transparente des chiffres, l’engagement dans des initiatives collectives : ces démarches sont saluées par une partie des investisseurs, de plus en plus attentifs aux critères ESG. Les promesses, 100 % d’emballages recyclables en 2025, 50 % de plastique recyclé, s’inscrivent dans une adaptation stratégique, sous la pression des lois et des exigences du marché. La valeur de l’entreprise fluctue aussi en fonction de sa réputation, désormais scrutée en continu.
La question reste ouverte : jusqu’où cette politique RSE peut-elle servir de rempart pour Coca-Cola ? La dépendance persistante au plastique expose la marque à des risques multiples, qu’ils soient réputationnels, juridiques ou financiers. Innover, anticiper l’évolution du cadre réglementaire, embarquer partenaires et collectivités : autant de défis à relever, sous peine de voir le bénéfice d’image s’effriter. La différence se jouera sur le terrain, là où l’écart entre promesses et actes ne pardonne rien, et où la performance durable devient un facteur décisif sur les marchés.


